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JEAN-LUC GODARD :
• Dans l’encyclopédie wikipedia
• Quelques vidéo sélectionnées sur YouTube ci-dessous :
POSITION(S) / Une petite sélection réalisée par nos soins...
INTERVIEW / MISE EN SCÈNE PAR WIM WENDERS

JEAN-LUC GODARD :
• Dans l’encyclopédie wikipedia
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POSITION(S) / Une petite sélection réalisée par nos soins...
INTERVIEW / MISE EN SCÈNE PAR WIM WENDERS
FRANCOIS LAPLANTINE :
• François Laplantine, professeur de renommée internationale, enseigne à Lyon2 l’ethnologie et l’anthropologie.
• Ci-dessous quelques extraits de l’un des ses ouvrages :
• Je nous et les autres, être humain au-delà des appartenances / Aux éditions Le Pommier
Quatrième de couverture (présentation par l’éditeur) :
(...) Parmi les notions qui constituent un obstacle à l’exercice critique de la pensée, l’identité et la représentation procèdent d’une même démarche stérile : reproduire à l’infini un sens préexistant, plutôt que produire un sens nouveau. Elles s’épanouissent toutes les deux dans la conformité des idées reçues, incapables de se laisser chahuter par la turbulence du réel.
(...) Il convient donc de rafraîchir les mots, de rendre vie à la langue. C’est une tâche tant individuelle que collective d’une extrême difficulté et qui doit sans cesse être reprise.
Quelques extraits :
(...) Peu de notions connaissent cette inflation. L’identité est devenue aujourd’hui un slogan brandi comme un totem ou répété d’une manière compulsive comme une évidence paraissant avoir résolu ce qui précisément pose problème : son contenu, ses contours, sa possibilité même. Son extension et sa prolifération sont telles qu’elle est susceptible de caractériser aussi bien une affirmation religieuse, éthique, raciale, sociale, nationale, régionale, familiale, professionnelle, générique
(...) On fourre donc dans ce sac un amas de choses disparates : le "moi", mais aussi le "nous", le nous comme ci, le nous comme ça, et puis le "nous autres", le nous Français, le nous Européens...
(...) L’identité est avec l’ethnicité une production idéologique qu’a contribué à cautionner l’anthropologie coloniale. Mais elle n’a aucune réalité opératoire. Elle dissimule plus qu’elle n’éclaire. Mobilisée chaque fois qu’il s’agit de penser l’altérité qui est en nous, le flux du multiple, le caractère changeant et contradictoire du réel ainsi que l’infinité des points de vue possibles sur ce qui est potentialité ou devenir, elle leste plus qu’elle ne fait avancer.
(...) ce que l’on appelle "identité" est un artifice, une ruse, une course ridicule à la maturité qui consiste à feindre une unité à laquelle nous ne croyons pas nous-mêmes.
(...) "Cessez, écrit Gombrowicz, de vous idenfier à ce qui vous définit... Le postulat est erroné selon lequel l’homme devrait être défini, c’est-à-dire inébranlable dans ses concepts, catégorique dans ses déclarations, clair dans ses idéologies, féru dans ses goûts, responsable dans sa manière d’être... Notre élément, c’est l’éternelle immaturité."
(...) En renvoyant chaque individu ou chaque culture à une appartenance, l’identité leur désigne leur origine. Elle attire l’attention sur ce qu’il y a de plus stable et de plus permanent dans un être humain ou dans un groupe social, appréhendés à partir de ce qu’ils étaient autrefois, et non de ce qu’ils sont en train de devenir. L’identité conduit à s’identifier à, au point de coïncider avec un état révolu du sujet ou du social. Dans ces pensées en marche arrière, on avance pour ainsi dire "à rebours" du temps. En valorisant ce qui est atavique, on revient abruti de racines.
(...) Alors que le métissage est un processus sans fin de bricolage, la pureté est de l’ordre du tri. Elle est la stabilisation désespérée de l’histoire, reconstruite rétrospectivement à l’aide de catégorie de premier, de primordial et d’authentique, à partir desquelles de l’altération se serait produite. Posant un point de départ absolu par rapport auquel il y aurait du dérivé, elle n’échappe cependant pas au mouvement. Elle est elle-même un processus : celui de la purification, de la simplification et de la mystification qui a pour effet de substantialiser, de naturaliser, de déshistoriciser et finalement de neutraliser la rencontre avec les autres.
(...) L’identité "propre" conçue comme propriété d’un groupe exclusif serait inertie, car n’être que soi-même, identique à ce que l’on était hier, immuable et immobile, c’est n’être pas, ou plutôt n’être plus, c’est-à-dire mort.

FRANCOIS LAPLANTINE :
• François Laplantine, professeur de renommée internationale, enseigne à Lyon2 l’ethnologie et l’anthropologie.
• Ci-dessous quelques extraits de l’un des ses ouvrages :
• Je nous et les autres, être humain au-delà des appartenances / Aux éditions Le Pommier
Quatrième de couverture (présentation par l’éditeur) :
(...) Parmi les notions qui constituent un obstacle à l’exercice critique de la pensée, l’identité et la représentation procèdent d’une même démarche stérile : reproduire à l’infini un sens préexistant, plutôt que produire un sens nouveau. Elles s’épanouissent toutes les deux dans la conformité des idées reçues, incapables de se laisser chahuter par la turbulence du réel.
(...) Il convient donc de rafraîchir les mots, de rendre vie à la langue. C’est une tâche tant individuelle que collective d’une extrême difficulté et qui doit sans cesse être reprise.
Quelques extraits :
(...) Peu de notions connaissent cette inflation. L’identité est devenue aujourd’hui un slogan brandi comme un totem ou répété d’une manière compulsive comme une évidence paraissant avoir résolu ce qui précisément pose problème : son contenu, ses contours, sa possibilité même. Son extension et sa prolifération sont telles qu’elle est susceptible de caractériser aussi bien une affirmation religieuse, éthique, raciale, sociale, nationale, régionale, familiale, professionnelle, générique
(...) On fourre donc dans ce sac un amas de choses disparates : le "moi", mais aussi le "nous", le nous comme ci, le nous comme ça, et puis le "nous autres", le nous Français, le nous Européens...
(...) L’identité est avec l’ethnicité une production idéologique qu’a contribué à cautionner l’anthropologie coloniale. Mais elle n’a aucune réalité opératoire. Elle dissimule plus qu’elle n’éclaire. Mobilisée chaque fois qu’il s’agit de penser l’altérité qui est en nous, le flux du multiple, le caractère changeant et contradictoire du réel ainsi que l’infinité des points de vue possibles sur ce qui est potentialité ou devenir, elle leste plus qu’elle ne fait avancer.
(...) ce que l’on appelle "identité" est un artifice, une ruse, une course ridicule à la maturité qui consiste à feindre une unité à laquelle nous ne croyons pas nous-mêmes.
(...) "Cessez, écrit Gombrowicz, de vous idenfier à ce qui vous définit... Le postulat est erroné selon lequel l’homme devrait être défini, c’est-à-dire inébranlable dans ses concepts, catégorique dans ses déclarations, clair dans ses idéologies, féru dans ses goûts, responsable dans sa manière d’être... Notre élément, c’est l’éternelle immaturité."
(...) En renvoyant chaque individu ou chaque culture à une appartenance, l’identité leur désigne leur origine. Elle attire l’attention sur ce qu’il y a de plus stable et de plus permanent dans un être humain ou dans un groupe social, appréhendés à partir de ce qu’ils étaient autrefois, et non de ce qu’ils sont en train de devenir. L’identité conduit à s’identifier à, au point de coïncider avec un état révolu du sujet ou du social. Dans ces pensées en marche arrière, on avance pour ainsi dire "à rebours" du temps. En valorisant ce qui est atavique, on revient abruti de racines.
(...) Alors que le métissage est un processus sans fin de bricolage, la pureté est de l’ordre du tri. Elle est la stabilisation désespérée de l’histoire, reconstruite rétrospectivement à l’aide de catégorie de premier, de primordial et d’authentique, à partir desquelles de l’altération se serait produite. Posant un point de départ absolu par rapport auquel il y aurait du dérivé, elle n’échappe cependant pas au mouvement. Elle est elle-même un processus : celui de la purification, de la simplification et de la mystification qui a pour effet de substantialiser, de naturaliser, de déshistoriciser et finalement de neutraliser la rencontre avec les autres.
(...) L’identité "propre" conçue comme propriété d’un groupe exclusif serait inertie, car n’être que soi-même, identique à ce que l’on était hier, immuable et immobile, c’est n’être pas, ou plutôt n’être plus, c’est-à-dire mort.
PIERRE BOURDIEU :
• Dans l’encyclopédie wikipedia
• Sur le site : www.homme-moderne.org
• Quelques vidéo sélectionnées sur YouTube à la toute fin de cet article
• Et quelques extraits d’ouvrages ci-dessous :
• PIERRE BOURDIEU et HANS HAACKE dans "Libre échange" / Editions du Seuil
(…) Pour éviter la censure (Une censure, c’est-à-dire ce à quoi il faut se plier si on ne veut pas être exclu du champ), les institutions et les artistes qui cherchent des fonds publics sont désormais contraints d’exercer l’autocensure. On sait bien que l’autocensure est souvent plus efficace que la censure ouverte. Elle ne laisse pas de traces déplaisantes.
(…) On peut redouter, en effet, que le recours au mécénat pour financer l’art, la littérature et la science n’installe peu à peu les artistes et les savants dans une relation de dépendance matérielle et mentale à l’égard des puissances économiques et des contraintes du marché. On peut craindre, en tout cas, qu’il ne justifie la démission des instances publiques qui peuvent prendre prétexte de l’arrivée des mécènes privés pour se retirer et suspendre leur aide.
(…) Les activités de recherche, aussi bien dans le domaine de l’art que dans le domaine de la science, ont besoin de l’Etat pour exister. Dans la mesure où, grosso modo, la valeur des oeuvres est négativement corrélée avec l’étendue de leur marché, les entreprises culturelles ne peuvent exister et subsister que grâce à des fonds publics. Les radios ou les télévisions culturelles, les musées, toutes les institutions qui offrent de la "high culture", comme disent vos néocons, n’existent que par les fonds publics comme des exceptions à la loi du marché rendues possibles par l’action de l’Etat, seul en mesure d’assurer l’existence d’une culture sans marché. On ne peut pas suspendre la production culturelle aux aléas du marché, ou au bon plaisir d’un mécène.
(…) Il y a un certain nombre de conditions de l’existence d’une culture critique qui ne peuvent être assurées que par l’Etat.
(…) Lorsque l’Etat se met à penser et à agir dans la logique de la rentabilité et du profit sont menacées : tout ce qui ressortit à l’ordre de l’universel, c’est à dire de l’intérêt général, dont l’Etat, qu’on le veuille ou non, est le garant officiel.
C’est pourquoi il faut que les artistes, les écrivains et les savants, qui ont en dépôt certains des acquis les plus rares de l’histoire humaine, apprennent à se servir contre l’Etat de la liberté que leur assure l’Etat. Il faut qu’ils travaillent simultanément, sans scrupule ni mauvaise conscience, à accroître l’engagement de l’Etat et la vigilance à l’égard de l’emprise de l’Etat. Par exemple, s’agissant de l’aide de l’Etat à la création culturelle, il faut lutter à la fois pour l’accroissement de cette aide aux entreprises culturelles non-commerciales et pour l’accroissement de contrôle de l’usage de cette aide. Pour l’accroissement de l’aide, contre la tendance de plus en plus répandue aujourd’hui à mesurer la valeur des produits culturels à l’étendue de leur public, donc à condamner purement et simplement, comme à la télévision, les oeuvres sans public. Pour l’accroissement du contrôle exercé sur l’usage de cette aide, parce que si le succès commercial ne garantit pas la valeur scientifique ou artistique, l’absence de succès commercial non plus et qu’on ne doit pas exclure a priori que, par exemple, parmi les livres difficiles à publier sans subvention, il puisse y en avoir qui ne méritent pas d’être publiés.
(…) Il faudrait analyser comment s’est opéré le travail continu de démobilisation de la figure de l’intellectuel qui s’était élaborée, en France, de Zola à Sartre ; comment s’est constitué peu à peu un univers d’évidences, de thèses indiscutées, que l’on colporte en toute bonne foi ; comment les journalistes, condamnés au renouvellement permanent de leurs admirations provisoires en sont venus à voir la vie intellectuelle sur le modèle de la mode (oubliant que, tant dans le domaine de la science que dans le domaine de l’art, les ruptures supposent la continuité). Patrons en mal de pensée et journalistes ou "intellectuels" en mal de pouvoir pensent les oeuvres de l’esprit selon la catégorie chic/non chic, nouveau/dépassé (et non vrai/faux ou original/banal, beau/laid, etc.). Dire de telle thèse de Dumézil sur les sociétés indo-européennes qu’elle est fausse, c’est se mettre en demeure d’apporter des preuves. Mais on peut aussi se contenter de dire : c’est dépassé, c’est-à-dire non-chic. Et le non-chic, à Paris, c’est la mort sans phrase. On peut même redoubler la condamnation esthético-mondaine par une condamnation éthico-politique, comme aux plus beaux jours du stalinisme, en disant que c’est "marxiste" ou, comme dans le cas de Dumézil récemment, "fasciste". La diffamation, surtout lorsqu’elle est orchestrée, est beaucoup moins coûteuse et plus efficace que la réfutation.
(…) Je dirai seulement qu’il n’’y a pas de point de vue absolu, universel, ni dans l’univers des différentes sociétés, contemporaines ou d’époques différentes, ni au sein d’une même société, mais qu’il y a des gens qui luttent pour imposer leur point de vue particulier comme point de vue universel.
(…) s’il n’y a plus de réalité, il n’y a pas de raison de se battre... pour la changer.
• PIERRE BOURDIEU dans "Questions de sociologie" / Editions de Minuit
(...) Comment peut se constituer une opposition à l’imposition des valeurs dominantes ? Au risque de vous surprendre, je vous répondrai en citant Francis Ponge : "C’est alors qu’enseigner l’art de résister aux paroles devient utile, l’art de ne dire que ce que l’on veut dire. Apprendre à chacun l’art de fonder sa propre rhétorique est une oeuvre de salut public". Résister aux paroles, ne dire que ce qu’on veut dire : parler au lieu d’être parlé par des mots d’emprunt, chargés de sens social
(...) Résister aux paroles neutralisées, euphémisées, banalisées, aux paroles rabotées, limées, jusqu’au silence.
(...) Des intellectuels qui auraient soumis leur propre pratique intellectuelle et ses produits à une critique sociologique seraient mieux armés pour résister aux stratégies de culpabilisation qu’exercent contre eux tous les appareils et qui visent à les empêcher de faire ce qu’en tant qu’intellectuels il pourraient faire pour et surtout contre ces appareils.
(...) Tout langage qui est le produit du compromis avec les censures, intérieures ou extérieures, exerce un effet d’imposition, imposition d’impensé qui décourage la pensée. On s’est trop souvent servi de l’alibi du réalisme ou du souci démagogique d’être "compris des masses" pour substituer le slogan à l’analyse. Je pense qu’on finit toujours par payer toutes les simplifications, tous les simplismes, ou par les faire payer aux autres.
• PIERRE BOURDIEU dans
"Si le monde m’est supportable, c’est parce que je peux m’indigner"
(…) Autrement dit, pour que je puisse avoir une stratégie de condescendance à l’égard de quelqu’un, il faut que je sois tellement sûr de ma hauteur par rapport à lui que je puisse faire semblant de me mettre à son niveau.
(…) L’idéologie intellectuelle par excellence, c’est l’idéologie de Mannheim, "l’intellectuel sans attaches ni racines", "nous sommes sans feu ni lieu, sans foi ni loi, nous sommes libres", etc., et moi, je pense que c’est l’idéologie par excellence des intellectuels aliénés parce qu’ils se croient libres...
(…) Habitus : Une espèce de petite machine génératrice qui engendre des foules de réponses à des foules de situations.
(…) Ce qui ne veut pas dire que c’est un mécanisme qui répond automatiquement comme une machine à des stimuli extérieurs. C’est ce que j’appelle donc un habitus, c’est à dire une histoire incorporée, une histoire faite corps, inscrite dans le cerveau mais aussi dans les plis du corps, les gestes, les manières de parler, dans l’accent, la prononciation, les tics, dans tout ce que nous sommes. Cette histoire incorporée est le principe à partir duquel nous répondons...
(…) Nous sommes, à travers cet habitus, à travers cette histoire incorporée, toujours exposés à être complices des contraintes qui s’exercent sur nous, à collaborer à notre propre domination.
(…) On a à ce point intégré des contraintes sociales qu’on les prend pour des éléments de liberté. (citation dans le texte de Pascale Casanova)
(…) Révéler, dévoiler et non pas dénoncer. Le dévoilement : Mettre au jour des choses que, d’une certaine façon, tout le monde sait, mais qui se situent à un niveau de profondeur où on ne va plus chercher.
EXTRAIT DE "LA SOCIOLOGIE EST UN SPORT DE COMBAT" DE PIERRE CARLES :
EXTRAIT DE "GAUCHE/DROITE" DE ANNIE GONZALES :
LOÏC WACQUANT IN "LA SOCIOLOGIE EST UN SPORT DE COMBAT" DE PIERRE CARLES :
• D’autres vidéos autour de Pierre Bourdieu sur YouTube

PIERRE BOURDIEU :
• Dans l’encyclopédie wikipedia
• Sur le site : www.homme-moderne.org
• Quelques vidéo sélectionnées sur YouTube à la toute fin de cet article
• Et quelques extraits d’ouvrages ci-dessous :
• PIERRE BOURDIEU et HANS HAACKE dans "Libre échange" / Editions du Seuil
(…) Pour éviter la censure (Une censure, c’est-à-dire ce à quoi il faut se plier si on ne veut pas être exclu du champ), les institutions et les artistes qui cherchent des fonds publics sont désormais contraints d’exercer l’autocensure. On sait bien que l’autocensure est souvent plus efficace que la censure ouverte. Elle ne laisse pas de traces déplaisantes.
(…) On peut redouter, en effet, que le recours au mécénat pour financer l’art, la littérature et la science n’installe peu à peu les artistes et les savants dans une relation de dépendance matérielle et mentale à l’égard des puissances économiques et des contraintes du marché. On peut craindre, en tout cas, qu’il ne justifie la démission des instances publiques qui peuvent prendre prétexte de l’arrivée des mécènes privés pour se retirer et suspendre leur aide.
(…) Les activités de recherche, aussi bien dans le domaine de l’art que dans le domaine de la science, ont besoin de l’Etat pour exister. Dans la mesure où, grosso modo, la valeur des oeuvres est négativement corrélée avec l’étendue de leur marché, les entreprises culturelles ne peuvent exister et subsister que grâce à des fonds publics. Les radios ou les télévisions culturelles, les musées, toutes les institutions qui offrent de la "high culture", comme disent vos néocons, n’existent que par les fonds publics comme des exceptions à la loi du marché rendues possibles par l’action de l’Etat, seul en mesure d’assurer l’existence d’une culture sans marché. On ne peut pas suspendre la production culturelle aux aléas du marché, ou au bon plaisir d’un mécène.
(…) Il y a un certain nombre de conditions de l’existence d’une culture critique qui ne peuvent être assurées que par l’Etat.
(…) Lorsque l’Etat se met à penser et à agir dans la logique de la rentabilité et du profit sont menacées : tout ce qui ressortit à l’ordre de l’universel, c’est à dire de l’intérêt général, dont l’Etat, qu’on le veuille ou non, est le garant officiel.
C’est pourquoi il faut que les artistes, les écrivains et les savants, qui ont en dépôt certains des acquis les plus rares de l’histoire humaine, apprennent à se servir contre l’Etat de la liberté que leur assure l’Etat. Il faut qu’ils travaillent simultanément, sans scrupule ni mauvaise conscience, à accroître l’engagement de l’Etat et la vigilance à l’égard de l’emprise de l’Etat. Par exemple, s’agissant de l’aide de l’Etat à la création culturelle, il faut lutter à la fois pour l’accroissement de cette aide aux entreprises culturelles non-commerciales et pour l’accroissement de contrôle de l’usage de cette aide. Pour l’accroissement de l’aide, contre la tendance de plus en plus répandue aujourd’hui à mesurer la valeur des produits culturels à l’étendue de leur public, donc à condamner purement et simplement, comme à la télévision, les oeuvres sans public. Pour l’accroissement du contrôle exercé sur l’usage de cette aide, parce que si le succès commercial ne garantit pas la valeur scientifique ou artistique, l’absence de succès commercial non plus et qu’on ne doit pas exclure a priori que, par exemple, parmi les livres difficiles à publier sans subvention, il puisse y en avoir qui ne méritent pas d’être publiés.
(…) Il faudrait analyser comment s’est opéré le travail continu de démobilisation de la figure de l’intellectuel qui s’était élaborée, en France, de Zola à Sartre ; comment s’est constitué peu à peu un univers d’évidences, de thèses indiscutées, que l’on colporte en toute bonne foi ; comment les journalistes, condamnés au renouvellement permanent de leurs admirations provisoires en sont venus à voir la vie intellectuelle sur le modèle de la mode (oubliant que, tant dans le domaine de la science que dans le domaine de l’art, les ruptures supposent la continuité). Patrons en mal de pensée et journalistes ou "intellectuels" en mal de pouvoir pensent les oeuvres de l’esprit selon la catégorie chic/non chic, nouveau/dépassé (et non vrai/faux ou original/banal, beau/laid, etc.). Dire de telle thèse de Dumézil sur les sociétés indo-européennes qu’elle est fausse, c’est se mettre en demeure d’apporter des preuves. Mais on peut aussi se contenter de dire : c’est dépassé, c’est-à-dire non-chic. Et le non-chic, à Paris, c’est la mort sans phrase. On peut même redoubler la condamnation esthético-mondaine par une condamnation éthico-politique, comme aux plus beaux jours du stalinisme, en disant que c’est "marxiste" ou, comme dans le cas de Dumézil récemment, "fasciste". La diffamation, surtout lorsqu’elle est orchestrée, est beaucoup moins coûteuse et plus efficace que la réfutation.
(…) Je dirai seulement qu’il n’’y a pas de point de vue absolu, universel, ni dans l’univers des différentes sociétés, contemporaines ou d’époques différentes, ni au sein d’une même société, mais qu’il y a des gens qui luttent pour imposer leur point de vue particulier comme point de vue universel.
(…) s’il n’y a plus de réalité, il n’y a pas de raison de se battre... pour la changer.
• PIERRE BOURDIEU dans "Questions de sociologie" / Editions de Minuit
(...) Comment peut se constituer une opposition à l’imposition des valeurs dominantes ? Au risque de vous surprendre, je vous répondrai en citant Francis Ponge : "C’est alors qu’enseigner l’art de résister aux paroles devient utile, l’art de ne dire que ce que l’on veut dire. Apprendre à chacun l’art de fonder sa propre rhétorique est une oeuvre de salut public". Résister aux paroles, ne dire que ce qu’on veut dire : parler au lieu d’être parlé par des mots d’emprunt, chargés de sens social
(...) Résister aux paroles neutralisées, euphémisées, banalisées, aux paroles rabotées, limées, jusqu’au silence.
(...) Des intellectuels qui auraient soumis leur propre pratique intellectuelle et ses produits à une critique sociologique seraient mieux armés pour résister aux stratégies de culpabilisation qu’exercent contre eux tous les appareils et qui visent à les empêcher de faire ce qu’en tant qu’intellectuels il pourraient faire pour et surtout contre ces appareils.
(...) Tout langage qui est le produit du compromis avec les censures, intérieures ou extérieures, exerce un effet d’imposition, imposition d’impensé qui décourage la pensée. On s’est trop souvent servi de l’alibi du réalisme ou du souci démagogique d’être "compris des masses" pour substituer le slogan à l’analyse. Je pense qu’on finit toujours par payer toutes les simplifications, tous les simplismes, ou par les faire payer aux autres.
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"Si le monde m’est supportable, c’est parce que je peux m’indigner"
(…) Autrement dit, pour que je puisse avoir une stratégie de condescendance à l’égard de quelqu’un, il faut que je sois tellement sûr de ma hauteur par rapport à lui que je puisse faire semblant de me mettre à son niveau.
(…) L’idéologie intellectuelle par excellence, c’est l’idéologie de Mannheim, "l’intellectuel sans attaches ni racines", "nous sommes sans feu ni lieu, sans foi ni loi, nous sommes libres", etc., et moi, je pense que c’est l’idéologie par excellence des intellectuels aliénés parce qu’ils se croient libres...
(…) Habitus : Une espèce de petite machine génératrice qui engendre des foules de réponses à des foules de situations.
(…) Ce qui ne veut pas dire que c’est un mécanisme qui répond automatiquement comme une machine à des stimuli extérieurs. C’est ce que j’appelle donc un habitus, c’est à dire une histoire incorporée, une histoire faite corps, inscrite dans le cerveau mais aussi dans les plis du corps, les gestes, les manières de parler, dans l’accent, la prononciation, les tics, dans tout ce que nous sommes. Cette histoire incorporée est le principe à partir duquel nous répondons...
(…) Nous sommes, à travers cet habitus, à travers cette histoire incorporée, toujours exposés à être complices des contraintes qui s’exercent sur nous, à collaborer à notre propre domination.
(…) On a à ce point intégré des contraintes sociales qu’on les prend pour des éléments de liberté. (citation dans le texte de Pascale Casanova)
(…) Révéler, dévoiler et non pas dénoncer. Le dévoilement : Mettre au jour des choses que, d’une certaine façon, tout le monde sait, mais qui se situent à un niveau de profondeur où on ne va plus chercher.
EXTRAIT DE "LA SOCIOLOGIE EST UN SPORT DE COMBAT" DE PIERRE CARLES :
EXTRAIT DE "GAUCHE/DROITE" DE ANNIE GONZALES :
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PINA BAUSCH :
• Sur son site : http://www.pina-bausch.de
• Dans l’encyclopédie wikipedia
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• Quelques vidéo sélectionnées sur YouTube ci-dessous :
MAZURCA FOGO :
CAFÉ MULLER :
INTERVIEW DE DOMINIQUE MERCY ET PINA BAUSCH + EXTRAITS :
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